Schumpeter, économiste de l’innovation
1 septembre 2010, par Vincent Grimaldi de Puget
Il y a trente ans, tous les gurus ne juraient que par les grands groupes. Aujourd’hui, peut-on conclure que l’avenir est aux entrepreneurs?
Alors que la crise a remis en question nombre de théories économiques, celles de l’économiste viennois Joseph Schumpeter (1883-1950) restent étonnantes d’actualité pour nous aider à analyser l’évolution du monde et la position que l’entrepreneur y occupe.
Déjà dans sa Théorie de l’évolution économique (1911), Schumpeter estime que le dynamisme d’une économie s’appuie sur l’innovation et le progrès technologique. Lorsqu’il observe l’histoire du capitalisme sur une longue période, il y voit une transformation permanente. Il démontre que le capitalisme bénéficie d’une capacité d’adaptation intrinsèque, que seul un excès d’intellectualisme semble pouvoir mettre à mal.
D’après lui, c’est l’innovation technologique qui, en évoluant, pousse des pans entiers de l’activité économique en marge du système. Après avoir été dominants, ces secteurs sclérosés résistent parfois un moment, et ensuite s’adaptent ou disparaissent. Pour Schumpeter, l’acteur central de ces changements est l’entrepreneur innovateur (”Unternehmergeist”), ou encore l’intrapreneur.
Par exemple, pour Schumpeter, c’est trois ans après avoir fondé la Ford Motor Company que Henry Ford gagne ses galons d’entrepreneur innovateur, lorsqu’en 1909, il met en place le système de la chaîne d’assemblage. Cette innovation permettra à la fois de baisser le coût de production et d’accroître massivement les quantités produites. Aujourd’hui encore, Toyota considère que ses innovations se concentrent en grande partie sur les processus de production, qui se transforment constamment par micro-améliorations successives.
Ainsi, le concept schumpétérien de l’innovation va au-delà de nouvelles découvertes ou de nouveaux produits, pour inclure de nouvelles combinaisons.
Dans le domaine de la musique, par exemple, l’innovation d’Apple ne se trouve pas dans l’iPod - les baladeurs MP3 existaient avant son lancement en 2001 - mais bien dans le processus de distribution: Majors (taille du catalogue) -> iTunes (interface web, prix unique à 99 cents, format AAC protégé) -> Mac (système fermé et fiable) -> iPod (design californien, grande capacité de stockage via disque dur intégré).
Finalement, pour Schumpeter, le succès de l’innovation se mesure par la réalisation de profits. Le profit pourra certes récompenser l’entrepreneur, mais aura surtout pour effet d’attirer des concurrents et de créer ou recréer tout un secteur.