Tu seras un entrepreneur, mon fils

15 août 2010, par Vincent Grimaldi de Puget

Quel est l’entrepreneur qui ne s’est jamais pris la tête à s’interroger sur ses choix dans la vie? Au-delà de la poésie de Rudyard Kipling (1856-1936), “If” offre aux créateurs d’entreprise un rare moment de réflexion. Et ce n’est pas sans arrières pensées que nous le publions en plein mois d’août!

L’écrivain britannique produisit ce chef-d’oeuvre en 1895, à une époque exacerbant les vertus victorienne, et il reste d’une grande actualité de nos jours.

Si tu restes ton maître alors qu’autour de toi
Nul n’est resté le sien, et que chacun t’accuse ;
Si tu peux te fier à toi quand tous en doutent,
En faisant cependant sa part juste à leur doute ;
Si tu sais patienter sans lasser ta patience ;
Si, sachant qu’on te ment, tu sais ne pas mentir,
Ou, sachant qu’on te hait, tu sais ne pas haïr,
Sans avoir l’air trop bon ou paraître trop sage ;

Si tu aimes rêver sans t’asservir au rêve ;
Si, aimant la pensée, tu n’en fais pas ton but ;
Si tu peux affronter, et triomphe, et désastre,
Et traiter en égaux ces deux traîtres égaux ;
Si tu peux endurer de voir la vérité
Que tu as proclamée, masquée et déformée
Par les plus bas valets en pièges pour les sots ;
Si voyant s’écrouler l’œuvre qui fut ta vie,
Tu peux la rebâtir de tes outils usés ;

Si tu peux rassembler tout ce que tu conquis
Mettre ce tout en jeu sur un seul coup de dés
[Note: ce dernier vers ne me paraît pas un bon conseil!]
Perdre et recommencer du point d’où tu partis
Sans jamais dire un mot de ce qui fut perdu ;
Si tu peux obliger ton cœur, tes nerfs, ta moelle
À te servir encore quand ils ont cessé d’être,
Si tu restes debout quand tout s’écroule en toi
Sauf une volonté qui sait survivre à tout ;

Si t’adressant aux foules tu gardes ta vertu ;
Si, fréquentant les Rois, tu sais rester toi-même ;
Si ton plus cher ami, si ton pire ennemi
Sont tous deux impuissants à te blesser au cœur ;
Si tout homme avec toi compte sans trop compter ;
Si tu sais mettre en la minute inexorable
Exactement pesées les soixante secondes,
Alors la Terre est tienne et tout ce qu’elle porte
Et mieux encore, tu seras un homme mon fils !

“Si”, par Rudyard Kipling, écrit en 1895 et publié en 1910,
traduction française de Germaine Bernard-Cherchevsky, 1942