Le Sport est fait pour former des hommes
22 juin 2010, par Vincent Grimaldi de Puget
N’en déplaise à leur égo, les Bleus sont des gens ordinaires porteur d’espoirs extraordinaires. Or, l’art de faire des choses extraordinaires avec des gens très ordinaires, c’est la définition que l’on pourrait donner au leadership. A ce titre, les Bleus, représentants d’une France qui ignore son hymne et ses valeurs, rappellent à grands cris que notre société affronte une crise d’identité et de leadership.
En acceptant de gagner sur le terrain autrement que la balle au bout du pied, le sport s’éloigne de sa mission éducative. Au 19e siècle, le sport était porteur de valeurs fondamentales de l’occident: sobriété, préparation et concentration, respect mutuel, esprit d’équipe, goût de l’effort et de la compétition, respect des rivaux et de l’autorité, égalité devant les règles, gestion des hommes et des équipes, sens de la stratégie, magnanimité dans la victoire, humilité et rebond dans la défaite, etc. Aujourd’hui aussi, le sport, le football, les Bleus sont porteurs de valeurs. Mais quelles sont-elles? Individualisme, irresponsabilité, insulte, grêve?
Fière de ses coups de boule, coups de poings, coups de gueules, et coups politiques, cette France s’isole dans un individualisme extrême et rétrograde. Contrairement à la France, le monde avance rapidement et regarde - en direct - ce grand pays en crise s’enfoncer dans le peloton.
Les responsables de cette situation se font discrets, alors que le débat s’intellectualise, pointant le doigt vers le salaire des joueurs professionnels et autres réactions anticapitalistes. Si l’inflation des montants impliqués est effectivement troublante, ce n’est pas le cœur du problème. Les footballeurs argentins, brésiliens, italiens, par exemples, sont surpayés, sans pour autant perdre leur goût du sport. Ces équipes connaissent des problèmes, mais l’unité créée par leurs leaders, l’honneur de représenter leurs pays, le plaisir de jouer ensemble sur le terrain, sont manifestes.
Le poisson pourrit par la tête
Après l’élimination en quarts de finale de la Nazionale – que nous connaissons mieux sous Squadra Azzurra -, la fédération italienne entama une analyse post-mortem de son Championnat d’Europe et des deux années précédentes. A l’issue de cet audit, elle décida de se séparer de son sélectionneur Roberto Donadoni.
De même, la Fédération française de Football (FFF) et Raymond Domenech, qui est à la tête de l’Equipe de France depuis 2004, ont une lourde responsabilité. En particulier, le maintien de Raymond Domenech après l’Euro-2008 contraste singulièrement avec la décision des Italiens. Prémisse de la Coupe du Monde 2010, l’Equipe nationale avait alors été éliminée au premier tour, après avoir encaissé 6 buts pour 1 seul marqué.
Zero victoire en 2008, Zero en 2010
Or, la méthode Domenech est depuis longtemps devenue politique, attentiste, indécise, voire molle, s’installant dans une constante improvisation tactique. Son slogan pourrait être “çà passe ou çà casse,” et lorsque çà casse, il s’épanche volontiers en sentiments plutôt que de galvaniser ses troupes en vue de la prochaine victoire. Une telle démarche est irresponsable lorsqu’on assume le commandement. Elle est à l’opposé des principes de l’Art de la Guerre, le remarquable traité de leadership et stratégie du général chinois Sun Tzu, qui vise à bétonner les victoires avant même d’entamer le combat.
Peut-on imaginer les Argentins partir en grève contre l’avis de leur coach et idole Maradona, ou les joueurs d’Arsenal désavouer Arsène Wenger? Même l’intervention de Madame Roselyne Bachelot est un aveu d’impuissance, malgré le respect que mérite un ministre de la santé et des sports. En somme, Domenech est aux antipodes d’un Général Bonaparte: charismatique, exigeant, préparé, organisé, rapide, et redouté par ses adversaires.
Sans leader, les joueurs se sont refermés sur eux-mêmes, croyant davantage en leur talent qu’en leur équipe. Malheureusement, onze superbes joueurs ne peuvent rien contre une superbe équipe. Livrés à eux-mêmes, tous les débordements et toutes les défaites étaient à prévoir.
Mens sana in corpore sano
Plutôt que de refermer les fractures sociales, l’irresponsabilité de ces Bleus défaitistes et grévistes rejaillit sur tous les Français. Ceux qui travaillent durs, au quotidien, pour éduquer les enfants, améliorer la vie des banlieues, exporter des produits français, attirer des investissements étrangers, créer ou sauver des emplois, et généralement apporter leur pierre à l’édifice du pays.
Le sport a la responsabilité de former des hommes, et non de les diviser et les diminuer. Depuis plusieurs années, le nombre de licenciés de la FFF ne cesse de baisser et les porte-drapeaux du football français ne décrochent pas les coupes que leur talent mérite. Il est temps que la Fédération fasse examiner son organisation et accepte des recommandations indépendantes afin qu’une telle succession d’événements ne se reproduise plus.