Steve Jobs sur le chemin de Gutenberg ?
22 mars 2010, par Vincent Grimaldi de Puget
Par de nombreuses mesures, Steve Jobs suit Gutenberg; entre autres par la création de l’Apple II qui, il y a quelque 30 ans, ouvrit la voie au PC que vous utilisez en ce moment. Le micro-ordinateur français Micral était pourtant apparu 4 ans plus tôt! Steve Jobs aurait-il pu atteindre de tels sommets dans d’autres environnements, en France par exemple?
Les entrepreneurs se retrouvent partout, à toutes les époques, dans tous les pays, et dans des entreprises de toutes tailles. Entrepreneur n’est donc pas synonyme de start-ups ou dot-coms. Les grands groupes aussi – en fait, toutes les organisations traditionnelles de type bureaucratique – peuvent améliorer leur réactivité grâce aux intrapreneurs. Les américains appellent ces entrepreneurs salariés des “change-agents“, c’est-à-dire des agents du changement, car à tous les niveaux ils agissent comme des catalyseurs qui permettent à l’organisation de passer la vitesse supérieure (Voir article de Grimaldi & Mufraggi).
“entreprendre est un état d’esprit
qui peut souffler sur toutes les organisations
et dans tous les secteurs”
Le groupe automobile Ford, par exemple, avait expressément engagé une centaine de jeunes MBA démontrant un profil entrepreneurial, pour accélérer sa restructuration dès les années 90s. Aujourd’hui, face aux dépôts de bilan de GM et Chrysler, Ford est le seul manufacturier américain à avoir évité la faillite.
Souvent le terme innovation est assimilé à technologie. C’est une erreur qui limite le champ de l’imagination. Les secteurs les plus traditionnels peuvent se transformer sous l’impulsion d’entrepreneurs qui innovent en combinant de vieilles idées sous une forme nouvelle. Pour la Poste, vendre des timbres sur Internet fut une innovation. Pour la restauration, sortir les DJ de leurs discothèques pour les installer au milieu des salles à manger fut une innovation. La qualité du service à la clientèle fit un énorme bond en avant dans l’hôtellerie, sous l’impulsion d’un jeune cadre allemand du Ritz-Carlton, dont il en devint président (voir Grimaldi, “How to Turn Customer Satisfaction into Profits and Growth,” 13 janvier 2003).
Finalement, il est bon de rappeler que l’esprit d’entreprise a soufflé de tout temps. Il transforma le paysage de l’époque féodale, que nos livres d’histoire dépeignent erronément comme figée et affligeante: introduction du papier, du moulin, des chiffres arabes; création de foires, routes maritimes, et sociétés commerciales; invention du chèque et de la comptabilité. Les exemples ne manquent pas. En fait, il ne fallut qu’une trentaine d’années pour que l’Europe entière adopte la presse de Gutenberg!
En somme, entreprendre est un état d’esprit qui peut souffler sur toutes les organisations et dans tous les secteurs, au plus grand bénéfice de la communauté.
“nos PME restent petites et
nos entrepreneurs doivent s’expatrier
pour vivre le rêve d’un Steve Jobs”
Aujourd’hui, on ne peut toutefois conclure que l’entrepreneuriat puisse s’épanouir de la même manière dans tous les pays. Il faut distinguer le micro- du macro-économique. Si on examine les créations d’entreprise, la France est certes très dynamique par rapport aux Etats-Unis, à l’Allemagne ou à l’Italie. Malheureusement, nos PME restent néanmoins petites et nos entrepreneurs doivent s’expatrier pour vivre le rêve d’un Steve Jobs. Il reste donc beaucoup de réformes à faire pour améliorer notre terroir entrepreneurial et en faire une pépinière vivace.